La chaîne est la pièce la plus visible d'une moto, et la plus mal entretenue.
Pas par négligence. Simplement parce que les mauvais réflexes circulent depuis des années, entre les conseils de comptoir, les vidéos approximatives et quelques notices de produits qui n'aident pas. Voici les six erreurs que je rencontre le plus souvent sur les motos qu'on me confie, et ce qu'il faut faire à la place.
1. Graisser sur une chaîne sale
C'est le geste le plus courant, et il aggrave la situation au lieu de l'améliorer.
La graisse fraîche n'entraîne pas la crasse existante, elle l'emprisonne. Le mélange de poussière, de sable, de résidus de route et d'ancien lubrifiant forme une pâte abrasive qui travaille en continu entre les maillons, le pignon de sortie de boîte et la couronne. Une chaîne entretenue de cette façon peut perdre la moitié de sa durée de vie, et elle emmène le kit complet avec elle.
Ce qu'il faut faire : nettoyer intégralement avant chaque graissage, sans exception. Un graissage sur chaîne sale est pire qu'aucun graissage du tout.
2. Le dégraissant universel
Les chaînes modernes sont à joints toriques. Ces petits joints en caoutchouc enferment la graisse d'usine à l'intérieur de chaque articulation, là où aucun produit appliqué de l'extérieur n'ira jamais. C'est cette graisse-là, et elle seule, qui fait la longévité de la chaîne. Le lubrifiant qu'on applique ensuite protège la surface et limite la corrosion, mais il ne remplace rien.
Un dégraissant à solvant agressif, un nettoyant frein ou un produit multi-usages dessèche ces joints et les fissure. Une fois qu'ils sont abîmés, la graisse interne s'échappe, et la chaîne est condamnée quel que soit l'entretien qui suit.
Ce qu'il faut faire : un nettoyant explicitement indiqué comme compatible joints toriques. C'est la seule mention qui compte sur l'étiquette.
3. Le jet haute pression
Il donne l'impression d'un nettoyage efficace, et c'est précisément ce qui le rend dangereux.
La pression chasse la graisse là où elle sert vraiment, à l'intérieur des articulations, et force le passage au niveau des joints. Rien ne se voit sur le moment : la chaîne ressort propre et brillante. L'effet apparaît des semaines plus tard, sous la forme d'une chaîne qui se détend anormalement vite et de points durs quand on fait tourner la roue. C'est l'une des erreurs de lavage les plus coûteuses, et la chaîne en est la première victime.
Ce qu'il faut faire : rincer à faible pression, à 40 cm minimum, et jamais perpendiculairement à la chaîne.
4. La brosse métallique
Elle vient à bout de la crasse incrustée, c'est incontestable. Elle vient aussi à bout des joints toriques, qu'elle déchire, et elle raye la surface des maillons. Ces micro-rayures retiennent ensuite la poussière et accélèrent l'usure.
Le raisonnement est exactement le même que sur la carrosserie : plus un outil est agressif, plus il faut se demander ce qu'il abîme en même temps qu'il nettoie. Sur une chaîne comme sur un réservoir, ce qui fait le résultat n'est pas la force appliquée mais le temps de pose du produit.
Ce qu'il faut faire : une brosse à trois faces à poils synthétiques, un produit adapté, et la patience de le laisser agir avant de frotter.
5. Graisser juste avant de partir
On lit souvent qu'il faut graisser sur une chaîne tiède. Dans la pratique, c'est rarement possible et ce n'est pas là que se joue l'essentiel. Ce qui compte vraiment, c'est le temps de repos après l'application.
Le lubrifiant est véhiculé par un solvant qui doit s'évaporer pour que la graisse prenne sur les maillons. Il lui faut plusieurs heures. Si vous graissez et que vous démarrez dans la foulée, la majeure partie du produit est projetée sur la jante, le bras oscillant et le flanc du pneu avant même d'avoir pénétré. Vous avez consommé du lubrifiant, sali votre moto, et la chaîne n'est pas mieux protégée.
Ce qu'il faut faire : graisser en rentrant, pas en partant. Le soir pour la sortie du lendemain est le rythme le plus simple à tenir.
6. En mettre trop
Plus de graisse ne veut pas dire plus de protection. Ce qui ne tient pas sur les maillons est projeté en rotation, et se retrouve sur la jante arrière, le bras oscillant et le pneu.
Le test est immédiat : regardez votre jante arrière. Si elle est constellée de points noirs difficiles à retirer, vous en mettez trop. Cet excédent attire ensuite la poussière et le sable, et vous ramène exactement au problème de la première erreur.
Ce qu'il faut faire : une fine couche sur le brin intérieur, côté couronne, en faisant tourner la roue lentement pour couvrir toute la longueur.
Ce qu'il faut retenir
Une chaîne bien entretenue dure plus longtemps, préserve le pignon et la couronne, et s'entend nettement moins. Aucune de ces six erreurs ne casse quoi que ce soit du jour au lendemain : c'est leur répétition qui use, et le coût apparaît d'un coup, le jour où il faut changer le kit complet.
Rien de tout cela ne demande de matériel coûteux. Un nettoyant compatible joints toriques, une brosse trois faces, un lubrifiant correct et un peu de méthode suffisent à changer le résultat.
Une précision, parce qu'elle a son importance : je parle ici de nettoyage et de protection, pas de mécanique. La tension de chaîne, l'alignement et le remplacement du kit relèvent de votre garage, et il vous conseillera mieux que moi. Le nettoyage et le graissage, en revanche, font partie de chacune de mes interventions, quelle que soit la formule choisie.
J'interviens à domicile dans un rayon de 40 km autour de Collonges-sous-Salève, Annemasse, Saint-Julien-en-Genevois, Annecy et la Haute-Savoie. J'arrive avec mon eau filtrée et mon électricité : vous n'avez rien à prévoir.