Cire, scellant, céramique. La plupart des motards les classent du moins cher au plus cher, comme trois niveaux d'une même gamme. Ce n'est pas du tout de ça qu'il s'agit.
Ce sont trois chimies différentes, avec trois comportements différents. Aucune n'est meilleure que les autres dans l'absolu : chacune répond à une situation précise. Et il y a un point que le marché du detailing évite soigneusement d'aborder, sur lequel je reviens plus bas : ces produits ont tous été formulés pour l'automobile.
Ce qu'une protection fait réellement
Une protection est une couche sacrificielle. Elle se place entre le vernis et l'extérieur, et c'est elle qui s'use à la place de la peinture.
Son rôle tient en trois choses : réduire l'adhérence des salissures, limiter la pénétration de l'eau et des résidus acides, et rendre le lavage suivant moins agressif. Ce dernier point est le plus sous-estimé. Sur une surface protégée, la saleté part avec beaucoup moins de contrainte mécanique, donc avec beaucoup moins de micro-rayures à chaque passage.
À retenir : une protection ne corrige rien et ne durcit pas la peinture. Elle protège un état, elle ne l'améliore pas.
La cire
Base carnauba, d'origine végétale. C'est la protection la plus ancienne et la plus flatteuse visuellement : elle apporte une brillance profonde et chaude, particulièrement spectaculaire sur une peinture noire ou foncée. Rien ne rend une teinte sombre aussi bien qu'une bonne cire.
Son point faible est la chaleur. Une carnauba commence à se ramollir bien avant les températures qu'on trouve autour d'un échappement ou sur un moteur apparent, ce qui la disqualifie sur une bonne partie d'une moto. Elle craint aussi les shampoings trop détergents, et disparaît en un seul lavage mal choisi.
Tenue réelle : 4 à 8 semaines sur une moto qui roule et stationne dehors.
Le scellant
Polymère synthétique, conçu pour durer là où la cire s'efface. Le rendu est différent : moins de profondeur, un brillant plus net et plus froid, qui met mieux en valeur les teintes claires et métallisées que les noirs.
En échange, la résistance n'a rien à voir. Un scellant encaisse les résidus de route, les lavages répétés et la chaleur sans se dégrader. Sur une moto utilisée toute la saison, c'est le compromis le plus rationnel entre ce que ça coûte, ce que ça rend et ce que ça tient.
Tenue réelle : 4 à 6 mois.
Le céramique
Base SiO2. La différence fondamentale avec les deux précédents est qu'il ne se pose pas sur le vernis, il s'y lie chimiquement. De là viennent l'hydrophobie très marquée, la résistance à la chaleur et la tenue face aux produits agressifs.
Il y a une contrepartie, rarement annoncée à la vente. Un céramique exige une préparation irréprochable. Appliqué sur une surface contaminée ou marquée, il ne masque pas les défauts, il les fige pour toute sa durée de vie, et il faudra le retirer par abrasion pour revenir en arrière. C'est exactement le principe que j'expliquais à propos de la différence entre un lavage et un detailing : la protection ne vaut que ce que vaut la préparation en dessous.
Tenue réelle : 1 à 3 ans, à condition que cette préparation ait été faite.
Le cas particulier de la moto
Ces trois familles de produits ont été pensées pour l'automobile, c'est-à-dire pour une grande surface peinte homogène où le même geste se répète du capôt au hayon.
Une moto n'a rien d'homogène. Peinture vernie, plastique brut, métal nu, chrome, aluminium poli et zones directement exposées à la chaleur cohabitent sur moins d'un mètre carré. Un carter moteur, un réservoir et un garde-boue en plastique non peint n'attendent pas le même produit, et n'ont pas la même durée de vie sous protection. C'est aussi pour ça qu'une protection appliquée correctement sur une moto prend beaucoup plus de temps que sur une voiture, à surface comparable.
À retenir : appliquer un seul produit partout n'a aucun sens. Chaque famille de surface appelle sa protection.
Ce qu'aucune protection ne fait
Le céramique est très largement survendu, alors autant être clair sur ses limites.
Aucune protection n'efface une rayure. Elle peut la rendre moins visible en remplissant légèrement le creux, mais le défaut est toujours là et réapparaîtra. Aucune n'arrête un impact de gravillon, ni ne remplace un film de protection. Et aucune ne dispense de laver : une surface protégée retient moins la saleté, mais elle la retient quand même.
Dernier point, souvent ignoré : une protection se détruit très vite avec un mauvais produit d'entretien. Un lavage au liquide vaisselle suffit à retirer en une fois ce qui vient d'être appliqué, comme je le détaillais dans les cinq erreurs de lavage.
À retenir : une moto protégée se lave plus facilement, pas moins souvent.
Ce qu'il faut retenir
La bonne protection n'est pas la plus chère, c'est celle qui correspond à la surface et à l'usage. Une cire sur un réservoir noir d'une moto qui sort peu, un scellant sur une moto utilisée toute la saison, un céramique quand on veut tenir plusieurs années et qu'on accepte le travail de préparation qui va avec.
Les durées que je donne ici sont des tenues observées sur des motos qui roulent et qui stationnent dehors. Elles sont nettement inférieures aux chiffres affichés sur les bidons, qui sont mesurés en conditions idéales. Mieux vaut le savoir avant qu'après.
J'interviens à domicile dans un rayon de 40 km autour de Collonges-sous-Salève, Annemasse, Saint-Julien-en-Genevois, Annecy et la Haute-Savoie. J'arrive avec mon eau filtrée et mon électricité : vous n'avez rien à prévoir.